Sophie est médecin libérale, secteur 2, environ 180 factures par an - honoraires de consultation, expertises ponctuelles, quelques missions pour des mutuelles. Elle utilise Indy depuis deux ans : comptabilité, déclaration 2035, facturation, tout sur une interface. Fin mai 2026, son expert-comptable lui a posé la question directe : "Tu as vérifié qu'Indy sera bien conforme en 2027 ?" Sophie n'avait pas de réponse. Cet article démonte la question sans détours : ce que la réforme exige concrètement d'un BNC, où en est Indy, et les trois questions à poser à l'éditeur avant de prendre une décision.
Pourquoi la réforme 2026-2027 concerne directement les BNC#
La réforme de la facturation électronique ne cible pas uniquement les grandes entreprises industrielles. Elle couvre l'ensemble des transactions B2B domestiques entre assujettis à la TVA, ce qui inclut les professions libérales réglementées : avocats, architectes, médecins, consultants, experts techniques. Dès lors qu'un BNC émet une facture à destination d'un client professionnel lui-même assujetti - une entreprise, une société de gestion, un autre libéral en société -, il entre dans le périmètre de l'obligation.
Le calendrier est fixé par l'ordonnance n°2021-1190 et confirmé par le décret n°2022-1299 : réception obligatoire pour toutes les entreprises dès le 1er septembre 2026, émission obligatoire pour les TPE et PME - dont relèvent la quasi-totalité des BNC - au 1er septembre 2027. Ce n'est pas une date approximative : c'est une échéance légale, avec des sanctions prévues à l'article 1737 du CGI (15 EUR par facture non conforme, plafonné à 15 000 EUR par an). Consulter notre guide complet sur la facturation électronique 2026 pour les détails du mécanisme.
Le cas particulier du BNC en franchise de TVA#
Beaucoup de BNC tirent de cette situation une conclusion erronée : "Je ne collecte pas la TVA, donc je ne suis pas concerné." C'est une erreur de périmètre. La franchise en base de TVA - dont le seuil reste autour de 37 500 EUR pour les services en 2025 (le projet d'abaissement à 25 000 EUR inscrit au PLF 2025 a été suspendu, les seuils antérieurs restent en vigueur) - dispense de collecter et de déclarer la TVA. Elle ne dispense pas de l'obligation d'émission électronique structurée dès lors que le destinataire est lui-même assujetti.
Un avocat en franchise qui facture 15 000 EUR de prestations à une SAS cliente reste soumis à l'obligation d'émission électronique au 1er septembre 2027. Le format de la facture change ; son régime fiscal, lui, ne change pas. En cas de doute sur sa situation personnelle, la FAQ de la DGFiP est la source à consulter en premier.
Réception obligatoire pour TOUTES les entreprises : 1er septembre 2026. Émission pour les TPE/PME BNC : 1er septembre 2027. Ces dates sont issues de l'ordonnance n°2021-1190 et confirmées par la DGFiP. Aucune date antérieure (2025, janvier 2026) n'est applicable à l'émission pour les petites structures. Source : DGFiP, impots.gouv.fr.
Ce qu'Indy propose aujourd'hui - et ce qui manque#
Indy, anciennement Georges, revendique plus de 200 000 utilisateurs indépendants. Le positionnement est clair : un outil tout-en-un pour les indépendants, avec comptabilité, déclarations fiscales (2035 pour les BNC en régime réel) et facturation intégrées. Pour un BNC qui veut limiter le nombre d'outils dans sa stack, la proposition est cohérente.
Le problème est structurel. Au printemps 2026, Indy ne figure pas sur la liste officielle DGFiP des Plateformes Agréées immatriculées. Cette liste, publiée sur impots.gouv.fr et mise à jour régulièrement, recense les acteurs habilités à émettre, recevoir et transmettre des factures électroniques dans le cadre de la réforme. Elle comptait environ 113 plateformes immatriculées ou en cours d'immatriculation au printemps 2026. Indy n'en fait pas partie à cette date. Pour connaître le statut exact et actuel de l'éditeur, il faut interroger directement Indy ou vérifier sur impots.gouv.fr.
Les 4 nouvelles mentions B2B : un angle mort du PDF simple#
La réforme introduit 4 nouvelles mentions obligatoires pour les factures B2B, qui s'ajoutent aux 13 mentions classiques déjà requises : le SIRET de l'acheteur, l'adresse de livraison, la nature de l'opération (livraison de biens, prestation de services ou opération mixte), et l'option de paiement de la TVA sur les débits. Ces champs ne doivent pas seulement apparaître en clair dans un PDF imprimable : ils doivent être intégrés dans les données structurées du format électronique - Factur-X (PDF/A-3 avec XML embarqué), UBL ou CII, tous conformes à la norme européenne EN 16931.
Un BNC qui émet aujourd'hui un PDF via Indy - même un PDF soigné avec toutes les mentions textuelles - ne produit aucun de ces champs en données lisibles par machine. La mise en conformité ne consiste pas à ajouter une ligne dans le modèle de document : elle requiert une refonte du moteur de génération ou un routage via une Plateforme Agréée tierce. Voir notre article sur les mentions obligatoires sur facture pour la liste complète.
Le Portail Public de Facturation en mode opérateur gratuit - qui devait permettre aux petites structures de transmettre leurs factures sans passer par un éditeur privé - a été abandonné en octobre 2024. Toute entreprise, quelle que soit sa taille, doit désormais passer par une Plateforme Agréée pour émettre et recevoir des factures électroniques. Il n'existe pas d'option publique gratuite de substitution à ce jour.
Les 3 questions à poser à Indy avant de décider#
La décision de rester sur Indy ou de migrer vers un autre outil ne peut pas se prendre sans information claire de l'éditeur. Voici les trois questions à poser par écrit - et à exiger par écrit.
Première question : Indy déposera-t-il un dossier d'immatriculation PA, et selon quel calendrier ? Une feuille de route datée est le minimum attendu de tout éditeur sérieux à quinze mois de l'échéance. Si la réponse est vague ou renvoyée à "une annonce prochaine", c'est un signal d'alerte. Les plateformes qui ont engagé le processus d'immatriculation ont des jalons documentés ; elles peuvent les communiquer.
Deuxième question : en l'absence d'immatriculation propre, Indy prévoit-il un connecteur vers une PA tierce ? Si oui : laquelle, à quel surcoût mensuel ou par facture, pour quel périmètre exact (émission seule, ou émission et réception) ? Cette option est techniquement viable - plusieurs éditeurs de logiciels de gestion la retiennent - mais elle doit être précisée avant l'échéance, pas découverte en urgence en août 2027.
Troisième question : les formats Factur-X, UBL et CII conformes EN 16931 seront-ils générés nativement ou seulement via export ? La nuance est opérationnelle. Une génération native intègre les champs structurés dans le flux habituel de facturation ; un export suppose une étape manuelle supplémentaire, source d'erreurs dans un cabinet libéral à fort volume.
Grille d'évaluation neutre : Indy face aux alternatives BNC#
Quatre critères objectifs permettent de situer Indy par rapport aux alternatives sur ce segment : statut PA confirmé ou en cours d'immatriculation ; génération native de formats structurés (Factur-X, UBL, CII) ; gestion des spécificités BNC (honoraires, notes de débours, option TVA sur les débits, déclaration 2035) ; tarif pour un volume inférieur à 200 factures par an.
Sur les deux derniers critères - spécificités BNC et rapport volume/tarif -, Indy reste compétitif et construit son positionnement depuis plusieurs années sur ce segment. Le différentiel se joue aujourd'hui sur les deux premiers critères, et uniquement sur eux. Un outil qui couvre parfaitement la comptabilité BNC mais ne peut pas émettre de factures conformes au 1er septembre 2027 devient un outil incomplet - pas inutile, mais incomplet. Notre comparatif logiciels conformes 2026 classe les solutions disponibles sur ces quatre dimensions, et notre comparatif Indy vs Freebe détaille les différences sur le segment BNC/micro spécifiquement.
Que faire si Indy ne confirme pas son statut PA d'ici fin 2026 ?#
Le scénario n'est pas hypothétique. Si aucune feuille de route PA documentée n'est communiquée par Indy avant fin 2026, le BNC doit anticiper une migration. Les délais de reprise en main d'un nouvel outil ne sont pas négligeables : paramétrage des modèles de factures, import de l'historique clients, reconnexion bancaire, vérification des formats d'export compatibles avec son expert-comptable. En pratique, comptez entre un et trois mois pour une migration propre sur un volume de 150 à 200 factures par an.
Déclencher cette migration en juillet 2027, sous pression de l'échéance, est le scénario le moins favorable. La checklist de préparation à septembre 2026 - qui vaut aussi pour préparer l'échéance 2027 - détaille les étapes à anticiper. Quant à la liste des Plateformes Agréées immatriculées, elle permet d'identifier les outils déjà habilités et de comparer leur positionnement tarifaire et fonctionnel pour les BNC.
Sources officielles
- [1]DGFiP - La facturation électronique dans les échanges inter-entreprises - dates et obligations(consulte le )
- [2]Légifrance - Ordonnance n°2021-1190 du 15 septembre 2021 relative à la généralisation de la facturation électronique(consulte le )
- [3]Légifrance - Décret n°2022-1299 du 7 octobre 2022 - modalités de la facturation électronique B2B(consulte le )
- [4]DGFiP - Cahier des charges e-facturation - formats normalisés et mentions obligatoires (version 2024-2025)(consulte le )
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